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Suite à la décision du Conseil de Paris, qui vient de multiplier par 3,5 la redevance due par les peintres du Carré aux artistes de la place du Tertre, et aux remous qu’elle a provoqués parmi eux, une virulente campagne de presse a été lancée par certains élus, à commencer par le maire du XVIIIe arrondissement, Daniel Vaillant, et certains de ses adjoints, relayée par l’Hôtel-de-Ville, en direction des artistes de la place du Tertre.
L’association Paris-Montmartre et l’association Vertigo, avaient immédiatement réagi en demandant l’abrogation de la délibération du Conseil de Paris les concernant, et en réclamant à cette occasion la mise en place d’un cadre réglementaire mieux adapté à leur activité artistique.
En réponse, certains élus de la majorité ont aussitôt développé, par tous les moyens, l’idée que les artistes du Carré faisaient preuve d’une sorte d’indécence sociale, la somme réévaluée de la redevance restant faible en considération de leur statut privilégié.
Privilégiés, les derniers héritiers de la bohème montmartroise ? Bien sûr, n’ont cessé de répéter les élus, puisqu’ils bénéficient d’un emplacement « en or », sur un site hautement touristique accueillant entre huit et douze millions de touristes par an. C.Q.F.D. Certaines de ces déclarations, exprimant une surprenante agressivité envers les peintres animateurs – et symboles – de la célèbre place, ont choqué nombre de nos lecteurs : ceux d’entre eux qui ont connaissance de la vie réelle des artistes du Carré, rappellent que ces hommes et ces femmes ne méritent sûrement pas ’être traités de privilégiés.
D’autres nous ont écrit leur dégoût, écœurés par ces méthodes inquisitoires contre les peintres de Montmartre. Quelle est la situation réelle des peintres de la place du Tertre ? Que demandent-ils ? s’agit-il seulement d’une question financière ou d’une question de statut ? Il est notable qu’un certain climat d’incompréhension, voire d’agressivité, qui s’est développé entre les citoyens de Montmartre et leurs représentants. La concertation et la consultation « participative » ne semblent plus d’actualité.
Du Carré aux artistes jusqu’au Musée de Montmartre, les décisions tombent, abruptes, et le dialogue ne parvient plus à s’instaurer. Pour ce qui concerne la place du Tertre, l’enjeu dépasse largement le problème de la redevance, même si certains artistes, en grande difficulté sociale, auront le plus grand mal à affronter ce nouveau « coup » : il touche en fait au statut de l’artiste, à sa place dans la cité.
Des questions se posent : lorsqu’il s’exprime « en direct », sur le domaine public, l’artiste s’apparente t-il juridiquement à un simple marchand ambulant ? Correspond-il socialement, culturellement, à ce statut de commerçant ? Ou s’agit-il plutôt d’une situation absurde, à laquelle il convient de remédier ?
Ne faut-il pas par ailleurs tenir compte de la posture d’« artiste de rue », qui n’est pas si facile à adopter – outre les aléas climatiques, la position en bordure de trottoir, le long des terrasses, pendant la saison touristique, et surtout la nécessité de cacher son activité sur le site lorsqu’on a l’opportunité d’exposer dans une galerie, ou dans un salon d’Art, accepter sans droit de réponse de se faire souvent traiter avec condescendance, parfois avec mépris, par certains, s’exposer à tous les vents, au sens propre comme au figuré, tout cela est loin d’être une facilité.
Vous avez dit « privilégiés » ? -« Ils ont toujours été privilégiés et continuent à l’être », ont récité en chœur certains élus, adjoints au maire du XVIIIe, ajoutant que, sur le Carré, « une place vaut son pesant d’or ».
Ils ne faisaient d’ailleurs que reprendre les propos de M. Vaillant au Conseil d’arrondissement et sur plusieurs medias, propos dont l’agressivité n’a cessé de surprendre, jusqu’à sa majorité, parfois désarçonnée par ses prises de position tonitruantes et ses colères. « privilégiés », « pesant d’or » : mots choisis, mots parfumés d’idéologie.
On désigne ainsi une catégorie sociale dite nantie, pour se concilier à peu de frais les suffrages populaires. Or, qui sont les nantis, ici ?
Des artistes « de rue », qui se partagent 1 m² ! Des artistes peintres dont certains ont un parcours, une histoire passionnante et difficile, une véritable recherche artistique personnelle, et qui ne disposent d’aucune garantie professionnelle même s’ils assurent une authentique animation parisienne traditionnelle, recherchée par les touristes, un « folklore » à dimension artistique sans lequel la place du Tertre perdrait tout son attrait touristique.
Du reste, l’économie qu’ils génèrent à travers ces millions de visiteurs venus pour eux, profitent d’abord à l’économie locale et parisienne.
Quelle est la réalité, aujourd’hui, de la situation économique, place du Tertre ? Depuis bien des années, il se vend plus de crêpes à Montmartre que d’aquarelles. Hors saison, les artistes ne peuvent guère espérer de sécurité financière.
Et s’imaginer que les huit à douze millions de visiteurs se précipitent sur les chevalets pour s’arracher leurs œuvres, serait ne rien vouloir connaître de la réalité du tourisme de masse actuelle. Les restaurants ont d’ailleurs du s’adapter à cette nouvelle donne, en affichant des menus à prix de plus en plus réduit.
De plus, Paris-Montmartre, qui avait alerté l’opinion publique sur la concurrence déloyale représentée par la multiplication de fausses galeries commercialisant des toiles peintes à la chaîne made in Hong Kong, vendues pour œuvres d’artistes montmartrois à bas prix, n’a suscité aucune vocation à défendre un artisanat authentique local chez les responsables politiques. Conséquence inévitable, la situation économique des artistes peintres du Carré a continué de se dégrader.
La tendance, place du Tertre, n’est cependant pas aux lamentations, à ce que nous avons pu constater : sans droit au chômage, ni même les indemnités d’intermittents du spectacle, on s’accroche au chevalet, sans misérabilisme, et l’on attend que le grain passe. Passera-t-il ? Ou est-ce plutôt la place du Tertre et ses artistes qui passeront ?
En attendant, on peut remarquer que le moment n’était guère choisi de les mettre à l’amende, encore moins de les diffamer. Il faut être courageux en politique, a répété monsieur Vaillant pour justifier sa position. Sans doute est-ce un bel exemple de courage que de rendre plus difficile la vie des artistes montmartrois.
LES REACTIONS : Les associations Paris-Montmartre et Vertigo ont rejeté une décision qu’elles ont jugée brutale et arbitraire.Pour dénoncer l’anomalie de voir classée une activité artistique dans la catégorie des petits marchands et du commerce ambulant, elles ont décidé de démissionner de la commission du Carré aux artistes.Jugeant qu’il est indispensable de sortir du règlement actuel, inadapté à la situation et à la spécificité de leur activité, elles ont adressé aux autorités compétentes leur souhait de voir se réaliser au plus vite une véritable concertation, en vue de la reconnaissance d’un statut spécifique d’artistes auteurs d’œuvres graphiques et plastiques.
Par solidarité, les conseillers de l’opposition ont aussi démissionné de la Commission. Ce qui, pour le moins, entache d’irrégularité les réunions à venir.« Au nom de la défense de la culture, nous devons redéfinir ensemble un cadre réglementaire mieux adapté et plus juste, qui nous permette d’exercer légalement notre activité artistique sur le domaine public montmartrois, déclare Michel Quillévic, de Vertigo. Nos deux associations, tout en contestant sur le principe l’ampleur inacceptable de l’augmentation de la redevance, avaient d’emblée réclamé une concertation sérieuse et responsable.
Il est indispensable de concevoir ensemble (élus, associations d’artistes, administrations et autorités culturelles… un cadre juridique adapté aux activités spécifiques des artistes peintres sur le domaine public. Nous avons réitéré cettedemande à plusieurs reprises, sans être entendus ».C’est peut-être ce manque de considération, cette assimilation à un statut qui n’est pas le leur, qui blesse le plus les artistes.
Déboussolés, certains d’entre eux finissent même par céder à la pression et aux menaces de deux « cheftaines » d’associations – CAM et Carré Ouvert – qui prétendent représenter les artistes du Tertre à la Commission, en se soumettant à la stratégie bipolaire jusqu’à l’absurde de ces associations : d’une part, accepter la nouvelle tarification – tout en quémandant un paiement « en trois fois » sur l’année, comme dans une grande surface – et d’autre part, engager individuellement une procédure judiciaire contre la mairie et contribuer financièrement aux frais de justice et d’avocats...
ILS ONT DIT… AU CONSEIL MUNICIPAL DU XVIIIe Madame Gabelotaud, en présentant la délibération : « (...) Aujourd’hui cette redevance est assez faible au regard de l’attrait du site et de sa fréquentation (… » «Oui, c’est une augmentation de 350%, (...) j’admets que cette augmentation est très forte mais on part sur 80€ par an par artiste, nous avons également demandé à ce que cette augmentation ne soit pas injuste et qu’effectivement ils n’aient pas à payer autant que les commerçants, les petits marchands, par ce que ce ne sont pas des commerçants et pas des petits commerçants ».
Faux.Le texte du vote de cette augmentation s’appuie sur la délibération du 6, 7 et 8 juillet 2009. Or, cette délibération ne concerne aucunement les activités artistiques, mais uniquement les activités commerciales exercées de manière temporaire. « (… D’autre part, on a regardé aussi que ce soit bien aligné sur le droit de terrasse et on n’est pas aligné parce que les terrasses payent toujours plus cher le m2 par an. 252,49€ par an pour les terrasses, plus un supplément d’installation de 1098€, on est à 1350€ par an, voilà, on les a vérifiés (...) »Heureusement pour les commerçants, tout est faux.Vérifications faites, avant cette nouvelle tarification, le m2 de terrasse est à 1,37 euros environ, et le m2 pour deux artistes à 1,56 euros. La différence s’est largement creusée avec la nouvelle augmentation. Pour autant, les artistes demandent à être alignés sur le tarif des terrasses (selon les termes du règlement originel du Carré aux artistes) et non le contraire.
Les artistes et l’argent : un couple maudit : Madame Gabelotaud, en présentant la délibération : Faux. Le texte du vote de cette augmentation s’appuie sur la délibération du 6, 7 et 8 juillet 2009. Or, cette délibération ne concerne aucunement les activités artistiques, mais uniquement les activités commerciales exercées de manière temporaire. Vérifications faites, avant cette nouvelle tarification, le m2 de terrasse est à 1,37 euros environ, et le m2 pour deux artistes à 1,56 euros. La différence s’est largement creusée avec la nouvelle augmentation. Pour autant, les artistes demandent à être alignés sur le tarif des terrasses (selon les termes du règlement originel du Carré aux artistes) et non le contraire.
La ville de Paris, en pointant du doigt les artistes peintres de la place du Tertre, vient de faire preuve d’un courage admirable. La taxe, pour ces nouveaux riches qui occupent à deux un petit m2, va donc tripler, et ce n’est qu’un début.Pour peu que ceux-ci soient propriétaires de leur appartement, la taxe foncière augmente de 30%, la taxe d’habitation de 9%, la taxe de balayage de 11%, la taxe des ordures de 18%, etc. Le maire de Paris cherche désespérément de l’argent pour financer les indispensables dépenses de personnel (10.000 employés supplémentaires, de quoi faire exploser le budget de fonctionnement de la mairie, qui a augmenté de 46%, celui de la communication... de 60%).Il est temps de dire la vérité : tout le monde sait que les artistes qui travaillent sur la Butte circulent en Ferrari qu’ils dissimulent dans des galeries désaffectées sous le Sacré- cœur. Ils se débarrassent des Rolex, et changent le costard griffé Smalto et les pompes Weston contre des guenilles, pour faire artiste.
Les voilà qui n’en finissent pas d’alimenter les fantasmes les plus fous sur la butte Montmartre.Comme on le voit, l’argent s’est infiltré dans les plis et replis des valeurs humaines, touchant l’art, corrompu jusqu’à la gauche, lorsque des artistes peintres osent vendre leur toiles.De quoi choquer sans doute les esprits romantiques, qui pensent que les peintres ne travaillent que pour la beauté de leur art. La réalité ? un bon nombre d’entre eux sont à peine sortis du « voyage au bout de la nuit », et les voilà pris dans le réseau complexe du tissu associatif, où le consensus tacite entre les différentes parties a perdu de sa force.
Ils doivent vivre dans la division en clans, se soumettre à une réglementation et affronter une clientèle de moins en moins argentée. La grande majorité peine à payer son loyer. Vivre, c’est vendre, et, dans cette économie de marché redoutable, chacun se défend avec ses armes pour arrondir les fins de mois.Deux jours d’enseignement de dessin ici, quelques heures de formation artistique, données loin de Paris, par là, et, le plus souvent, un mari ou une épouse avec une activité stable, qui apporte la sécurité au foyer.Un artiste peintre qui travaille sur la Butte ne peut envisager un plan de carrière, ses préoccupations sont les mêmes que tous les artistes du monde : vendre et exposer pour éviter le cauchemar des fin de mois difficiles. Jacques Habas Qu’il est beau, mon Utrillo...La vie nocturne montmartroise...Bertrand Delanoë
Suite et fin de l'article page 18 dans le magazine PMPARIS MONTMARTRE
Inconcevable : jamais les Montmartrois et tous les amoureux de Montmartre n’auraient pu envisager la disparition de leur musée, ce délicieux musée de Montmartre, ouvert depuis 1960 dans la maison historique du comédien Rosimond, ami de Molière, qui reprit le répertoire du maître et mourut comme lui, en scène, lors d’une représentation du « Malade Imaginaire ».
Ils ne la conçoivent pas et ne l’acceptent pas. Pourtant, le verdict de la ville est tombé : la subvention de fonctionnement pour 2009 ne sera pas versée. Motif invoqué : « mauvaise gestion et soutien abusif » ; avec un seul conseil donné à la Société d’histoire et d’archéologie Le Vieux Montmartre, créatrice et responsable du lieu : s’auto-dissoudre, laisser se disperser ses collections, et plier bagages sans demander son reste...
Accepter la disparition du Musée de Montmartre serait fatal à l’avenir de Montmartre : car ce serait consentir à l’anéantissement de toute la mémoire du site, emmagasinée dans ce lieu unique, chargé d’histoire, de souvenirs artistiques, de vie et d’âme, ce lieu qui accueille chercheurs et étudiants, conférences et rencontres culturelles régulières, ateliers pédagogiques pour les enfants des écoles du XVIIIe arrondissement.Accepter la disparition du Musée de Montmartre, ce serait accepter l’expulsion du dernier bastion culturel du haut Montmartre, dans un site largement investi par le tourisme de masse.
C’est pourquoi s’est créé dans l’urgence un Comité pour la sauvegarde du musée, qui s’est refusé à participer aux polémiques, pour n’avoir qu’une exigence : préserver son musée à Montmartre. Une pétition en ligne a recueilli des milliers de signatures, venues du monde entierC ’ e s t la Ville de Paris, qui, en la personne du préfet, alerté par André Malraux, avait décidé en 1957 de sauver la bâtisse en péril, une demeure du XVIIe siècle, la plus vieille maison de Montmartre, qui menaçait ruine. Elle avait pris cette décision à seule fi n que soit créé en ce lieu le Musée de Montmartre, convaincue de sa nécessité par l’intervention de l’écrivain historien Paul Yaki, président de la société d’histoire et d’archéologie Le vieux Montmartre, une association créée en 1886, reconnue d’utilité publique, dont les membres, génération après génération, n’avaient cessé de recueillir œuvres d’art et objets de toutes sortes liés au patrimoine et à l’histoire si riche, si diversifiée de la butte Montmartre.
C’est la Ville de Paris qui, renonçant avec clairvoyance à son projet immobilier sur cet emplacement magique, cher à Renoir, Valadon, Utrillo, Dufy et tant d’autres, avait mandaté l’architecteurbaniste Claude Charpentier, défenseur acharné du « haut village » et ami de Yaki, pour conduire le lourd chantier nécessaire à la restauration du bâtiment central, dit « maison de Rosimond », et à son reconditionnement intérieur en salles d’exposition.Le Musée de Montmartre, qui est l’hôtel de Rosimond, est l’une des plus anciennes maisons de la Butte, lieu de villégiature dès 1680 du comédien de la troupe de Molière.
Cette maison est transformée au XIXème siècle en ateliers d’artistes : Auguste Renoir y a réalisé Le Bal du Moulin de la Galette ; Raoul Dufy, Francisque Poulbot, Emile-Othon Friesz, Emile Bernard, Suzanne Valadon et Maurice Utrillo y eurent également leur atelier.Depuis 2003, ce musée bénéficie du label Musées de France grâce à une collection de 6 000 œuvres d’art : peintures, sculptures, objets d’art, estampes et photographies inscrites aux inventaires, illustrant l’histoire du quartier ou exécutés par des artistes montmartrois. Ce Musée est également riche de fonds spécifiques évalués à 100 000 documents, notamment d’un fonds consacré à la chanson française.C’est la ville de Paris qui, en 1960, les travaux achevés, attribua le tout nouveau musée à la société Le Vieux Montmartre, l’installant ici « en ses murs » : depuis cette date, l’association n’a cessé d’y présenter ses collections au public, organisant régulièrement des expositions temporaires, ainsi que des conférences et rencontres culturelles.
Et c’est pourtant la ville de Paris qui décide aujourd’hui, abruptement, de faire disparaître d’un trait de plume ce lieu culturel prestigieux qu’elle avait créé. Car, en suspendant la subvention annuelle attribuée au Vieux Montmartre, quelles que soient ses raisons, économiques ou autres, la ville programme, à très court terme, la mort du musée joyau de la Butte.Cette mort imminente, absurde, impensable, impossible – pour livrer ce site exceptionnel à quel destin ? À quels intérêts privés ? – les amoureux de la culture et de Paris, quels que soient par ailleurs leur « sensibilité » et leur orientation politique, ne peuvent que la refuser de toutes leurs forces. Rien, du reste, ne peut justifier la mort d’un musée, qui plus est situé au cœur d’un site parisien des plus touristiques, au XXIème siècle. L’idée même n’est pas pensable, et c’est sans doute pourquoi la réaction générale a été si vive. Pas plus que n’est pensable la décision de décérébrer le Haut Montmartre au seul profit des boutiques de « tee-shirts » et autres revendeurs de tableaux fabriqués en série à Hong Kong, d’arracher le cœur vivant patrimonial de la colline, qui, depuis un demi-siècle, offre à sa mémoire le plus beau présent.Les Montmartrois n’ont cessé de lutter pour que le visage et l’âme de leur village soient préservés, osant se lever lorsqu’il le fallait.
C’est Poulbot et ses amis qui, arrachant les terrains de la rue des Saules d’un projet de constructions HBM, nous ont offert la beauté d’un paysage de vignes ; c’est Victor Perrot, président du Vieux Montmartre, qui sauva le château des Brouillards et ses jardins, que le prolongement envisagé de la rue Simon Dereure s’apprêtait à dévaster sans remords ni considérations « poétiques » ; ce sont encore Claude Charpentier, Paul Yaki, Roland Dorgelès et Marcel Aymé qui œuvrèrent pour obtenir la protection du site de Montmartre, parvenant, entre autres, à faire échouer l’édification d’un lycée technique sur les grands jardins forestiers de la rue Norvins.Peut-on aujourd’hui oublier ces combats de tant de générations pour que la Butte préserve le visage qu’on aime, incarné dans le charme intemporel du site de la rue Cortot, ce havre de rêve ouvert aux vibrations les plus subtiles, émanations d’un passé toujours présent, qui demeure ici en place, à sa juste place. Non comme un assemblages de reliques, mais comme une expression de mémoire vive, seule garante de l’avenir.
Voilà ce qu’ont pensé la plupart des acteurs Voilà ce qu’ont pensé la plupart des acteurs de la vie montmartroise, qui se sont réunis, au-delà des clivages idéologiques, au-delà des « clans », avec une seule idée, un seul cri d’amour : sauvons le musée de Montmartre !Pendant ce temps, d’un communiqué à l’autre, d’un article à l’autre, les propos échangés entre la ville de Paris et le Vieux Montmartre n’ont rien éclairci d’une décision qui semble s’enliser. Les Montmartrois, les amoureux de Montmartre, de son musée, les milliers de signataires de la pétition n’en ont cure : rien, à leurs yeux, ne peut légitimer la disparition du Musée de Montmartre.Problèmes d’hommes, de finances, de conflits, ce n’est pas leur affaire.
Que la ville, que l’Etat, que le Vieux Montmartre, que les éventuels mécènes, que toutes les bonnes volontés se retrouvent autour d’une table et que leur dialogue fasse triompher le simple bon sens, la simple évidence qu’il n’est pas possible de faire une croix sur un centre vivant de culture et de mémoire, lieu phare d’un site qui a vu naître les plus grands mouvements idéologiques et artistiques.C’est le message qu’ils ont répété, anonymes et personnalités, venus en foule, le samedi 28 novembre, pour la journée Portes Ouvertes du Musée, durant laquelle était projeté le film réalisé par Pascal Moreau et le comité de Sauvegarde : « Montmartre, Réveille-toi ! ».
L’impressionnant succès populaire de cette journée aura-t-il rappelé aux édiles qu’il n’est pas possible d’agir contre l’avis général, lorsque celui-ci correspond si bien à l’intérêt général ?
Au conseil d’arrondissement du 7 décembre, la mairie a présenté un « projet de délibération sur la signature d’une convention pour l’attribution d’une subvention d’un montant de 124 000 € avec l’association Le Vieux Montmartre ».
Elle a fait état d’« un audit conjoint de l’Inspection générale de la Ville de Paris et de l’Inspection générale des Musées de France, qui a souligné le manque de rigueur dans la gestion de l’association » (en 2006), ajoutant que « le versement de cette subvention reste conditionné à la présentation par l’association d’un plan de redressement ou de cession des activités demandé par la Ville. »